Article de presse

 BD: Découvrez 14 planches d’«Angélique», tiré d’une des sagas les plus lues au monde

«Angélique» en BD (extrait)
«Angélique» en BD (extrait) – Dara, Olivier Milhaud & éditions Casterman 2015

Olivier Mimran

Pour la plupart des Français, Angélique évoque d’abord une série de films un peu cul-cul, sortis dans les années 1960 et régulièrement diffusés à la télé depuis. C’est cruel pour l’œuvre originale, une saga historico-romanesque signée Anne Golon, forte de 13 volumes (parus entre 1956 et 1985) et lue par plus de 80 millions de personnes par le monde! Une injustice que répare, modestement mais efficacement, la première adaptation du titre en bande dessinée. Dessinée par Dara, un artiste au trait franchement «manga», cette fresque graphique est scénarisée par le sétois Olivier Milhaud. 20 Minutes a demandé à ce dernier de révéler la genèse de son ambitieux projet. Retrouvez son témoignage à la suite de la preview ci-dessous. Bonne lecture!

Résumé: 1646. Le château du baron de Sancé est menacé de ruine. Angélique, sa seconde fille, mène une existence à demi sauvage dans les bois et marais du Poitou. L’enfance heureuse d’une petite fée, malgré la misère qui guette, les brigands, la Fronde et ses troubles… Quand son père la fait sortir du couvent de Poitiers, Angélique découvre qu’elle est promise au richissime et inquiétant comte de Peyrac, que l’on dit boiteux et balafré. Pour sauver sa famille de la misère, quel autre choix lui reste-t-il ? Et si le complot ourdi contre le roi, dont elle a été témoin, avait déjà scellé son destin ?

Les clichés du ciné

Le projet a d’abord été soumis à Olivier Milhaud par les éditions Ankama. «Au début j’ai pensé qu’adapter Angélique en BD était une “fausse bonne idée”, car j’avais gardé, comme tout le monde, une image très mièvre des films de Bernard Borderie avec Michèle Mercier et Robert Hossein», se souvient l’auteur. Par acquit de conscience, il s’attelle quand même à la lecture des romans d’Anne Golon. «Là, j’ai immédiatement compris qu’on pouvait en faire quelque chose de fort, et de radicalement différent!». L’œuvre n’a, en effet, rien de la bluette pseudo-érotique qui a inondé les écrans et qui «édulcorait totalement tout ce qui faisait la dureté et la cruauté de la vie au 17e siècle», souligne Olivier Milhaud.

Un contexte historique brutal

Il faut savoir que la saga commence à la naissance d’Angélique, en 1638, et déroule son intrigue sur une quatre décennies… soit sous le règne de Louis XIV, à la fin de la Guerre de trente ans et au début de la Fronde. Une période d’une extrême brutalité, donc. «Notre parti était d’être très fidèle aux romans d’Anne Golon en adoptant un réalisme historique assez poussé. Et la violence (sociale, physique ou autre) était inhérente à l’époque», précise Olivier Milhaud. «Il fallait absolument retranscrire cela mais sans pour autant verser dans un “too much” sur les représentations visuelles de certaines scènes. On ne voulait pas flatter certains bas instincts… Ceci dit, notre Angélique a plus de liens avec La chair et le sang, de Paul Verhoeven, qu’avec les films de Borderie».

De l’innocence de l’enfance…

De fait, le premier volume de la BD risque de décontenancer en dépeignant un environnement très “dur”, des crimes atroces exercés contre les populations civiles à la misère qu’elles subissent, quelle que soit leur extraction. Surnage heureusement le personnage solaire d’Angélique, dont la naïveté enfantine fait toutefois rapidement place à une lucidité extrême sur le monde qui l’entoure. Ça ne l’empêche pas de s’émerveiller du moindre virevoltement d’un papillon, ou de tomber amoureuse folle du premier joli garçon rencontré… mais ça présage d’un tempérament supérieur, qu’Anne Golon aspirait à faire un symbole d’émancipation féminine: «J’ai voulu faire le portrait d’une femme du 17e siècle, et celui d’une femme de notre temps», déclara-t-elle, «car à l’époque, la littérature ne s’intéressait pas aux femmes: les héros étaient masculins ou n’étaient pas».

… à l’émancipation féminine.

Olivier Milhaud abonde dans ce sens: «Angélique est une jeune femme qui décide de prendre son destin en main. Je pense que cette histoire fait effectivement résonance avec notre époque: la France du 17e est tourmentée, le peuple gronde, les guerres de religions ont laissé de grosses cicatrices encore ouvertes etc. Angélique refuse de subir tout cela et se pose de bonnes – car légitimes — questions. Elle veut croquer la vie à pleines dents, c’est une femme libre, une vraie héroïne». Rien de surprenant, donc, que les milieux littéraires la reconnaissent désormais comme une des premières héroïnes féministes populaires.

Une esthétique déroutante

Quatre tomes de cette adaptation BD ont d’ores et déjà été actés par Casterman (le second devrait sortir en septembre). Seule inconnue: le trait «manga-isant» du dessinateur Dara pourrait déconcerter certains lecteurs. «C’est un choix personnel», assume Olivier Milhaud, «car alors que je lisais le roman, je pensais beaucoup à des séries animées de mon enfance comme Candy, Sans famille etc. Je sentais qu’il fallait aller sur ce terrain-là, disons du «global manga», cela me paraissait plus approprié vis-à-vis de l’aspect très feuilletonesque du projet. Si le titre a du succès, nous irons plus loin», espère Olivier Milhaud. «Mais pour couvrir tous les romans, il faudrait presque 35 volumes de bande dessinée. On verra bien…».

«Angélique» tome 1, d’Olivier Milhaud & Dara – éd. Casterman, 11€

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