Au Pays de derrière mes yeux

(Souvenir d’enfance d’Anne Golon. Elle s’y donne le nom de Dominique et de M. Desbruyère à son père, le commandant Pierre Changeux )

« …Premières vacances : elles ont dans le souvenir de Dom la couleur verte des prairies, une fraîche couleur teintée de mauve, le mauve de ces iris francs et raides, où la petite Dom s’aventure, angoissée de sentir sous ses pieds la boue la saisir (…)

Mais les fleurs mauves, plissés, légère comme un papier crêpe, avec leurs nuances pâles et leurs pistils poudrés de pastel jaune, l’attire irrésistiblement ; elle avance vers elles ; les longues feuilles pointues lui caressent le menton, elle se prend les pieds dans les tiges dures et plates, s’étale au milieu des marais. Rien à faire, elle ne pourra jamais les atteindre.

Pourtant, en général, Dominique n’aime pas les fleurs, les iris seuls, nostalgiques et sévères, l’attire. Parmi les arbres, sous le ciel nuancé, elle se sent dépaysée, abandonnée, loin de ses jouets, de la grande chambre, la chaleur ronronnante du Mirus. Fille de l’hiver et de la solitude, Dominique n’aime pas l’été, les longues promenades qui l’arrache à son intérieur, à la toute petite vie intime où l’on se blottit comme l’escargot dans sa coquille. »

« Un soir, un bel avion rouge d’Air France atterrit à Kerkeville. C’était l’heure aimée de la petite Dominique, l’heure grise et rose, l’heure douce. Les mains dans les poches de son manteau, Dom flânait dans le hangar.

-Il y a une passagère, lui dit un matelot ; oui, une dame qui vient de Saïgon et qui s’embarque demain pour New York.

Dominique se précipita : « une dame qui vient de Saïgon et qui s’embarque demain pour New York. », quel être fabuleux !…

Elle vit descendre une belle femme, grande et mince, en tailleur gris et qui portait sur son bras une couverture en peau de léopard. Elle parlait anglais très vite, avec un petit rire lassé. Les officiers s’empressèrent galamment, car chacun sait que parmi les uniformes sombres se sont réfugiés les derniers « talons rouges ». La courtoisie de l’officier de marine est toujours, exquise, un peu grave ; un halo de mystère l’environne ; l’austérité de sa vocation donne à son sourire un charme particulier. Dom, observatrice, souriait de voir ces hommes, tout à l’heure un peu rudes et jovials entre eux, s’incliner très bas, s’informer en anglais du bon voyage de la passagère et la guider vers le bureau des cartes.

(…)

Là-bas ! Dans le soir qui descend, Dominique rêve les mains dans les poches, les yeux vers le ciel, ainsi que ses amis aviateurs lorsqu’ils se reposent.

Là-bas… Montagnes, cerisiers en fleurs, pagodes rouge et or.

Là-bas !

J’irai un jour, se promet la petite Dominique.

(…)

., les cuirassés, ces mastodontes gris, posés solidement sur les flots, impressionnaient beaucoup la future exploratrice. Le commandant ou l’amiral attendait ses hôtes. Quand c’était un vieil ami, M. Desbruyère présentait Dominique :

– Ma petite fille. Elle a été assez malade cet hiver ; alors que lui fait prendre l’air pour la retaper.

-Bonjour Mademoiselle !

-Bonjour, Amiral !

-Alors, ça vous amuse de venir sur les grands bateaux ?

-Oh ! Oui, Amiral. Je voudrais partir avec eux.

Et tout le monde riait. Puis c’est Messieurs recommençaient à discuter et descendait à l’intérieur.

Dominique, elle, restait sur le pont. Vite elle courait à l’arrière, du côté de l’horizon. Elle s’appuyait contre les gros canons. En regardant vers le large, on pouvait très bien s’imaginer qu’il n’y avait plus de ville derrières et qu’enfin, la petite Dom s’en allait vers son grand rêve d’aventure.

Alors deux mouettes aux pattes de corail glissent près d’elle en ricanant ; la mer infinie, de gouaches vertes, de gamme parcourue de courants violets, mouchetés d’un blanc de neige, d’un blanc d’argent pur. Contre la coque du navire, les vagues s’épuisent (…). Elles ont des gestes étranges, ondulés. Soudain elles se dressent de passion, puis se détournent nonchalantes, tombent avec grâce comme si elles se couchaient pour dormir.

Leur danse syncopée ensorcelle la petite Dominique comme les belles sirènes d’antan :

– Emmenez-moi. Oh ! Emmenez-moi !

Elle envie d’étendre les bras et de rester là toujours, à regarder le large.

Ces informations proviennent du site Archange

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