Chevalier des Arts et lettres, décembre 2010

Le discours du ministre de la culture lors de la remise de la médaille « Chevalier des Arts et des lettres »

Chère Anne Golon,

Tout comme Sofia Coppola nous a fait découvrir une Marie-Antoinette

renouvelée, tout comme Françoise Chandernagor nous a offert le portrait

d’une Madame de Maintenon réinventée, vous avez su porter, avec cette

fraîcheur dans l’écriture dont vous savez si bien faire preuve, un regard

contemporain sur le grand siècle. Vous êtes ainsi parvenue, par vos écrits,

à séduire un public toujours plus nombreux, à l’image de ce grand cinéma

français de cape et d’épée que nous connaissons tous, de Gérard Philipe

en Fanfan la tulipe à Bourvil en Bossu mémorable. Je souhaiterais ainsi,

aujourd’hui, rendre hommage à votre oeuvre-monument, votre épopée

historique, Angélique, mais également à votre personnalité exceptionnelle

qui a su captiver des centaines de millions de lecteurs à travers le monde.

Cette oeuvre connue de tous, dans le monde entier, est celle d’une femme

hors du commun, mue depuis toujours par la passion de l’écriture et dont la

vie recèle peut-être autant d’aventures que ses romans. A 18 ans, vous

publiez votre premier roman puis, tout en poursuivant votre vocation, vous

vous engagez sur la voie du journalisme. La guerre ne saurait entraver

votre soif de liberté et, dès l’arrivée de l’occupant, vous vous précipitez sur

votre bicyclette, pour gagner l’Espagne depuis Paris. Chère Anne Golon,

vous avez aussi été une exploratrice qui ne craint ni les territoires vierges,

ni les limites. Les Amérindiens et les origines du Nouveau Monde ne vous

sont pas étrangers et ont largement inspiré votre goût de l’épopée et de la

« frontière ». Dotée d’un tempérament à toute épreuve, votre vie a la

saveur de l’épopée. Cette même soif de liberté vous conduit en Afrique

Equatoriale Française (AEF) où vous rencontrez Serge, l’homme qui vous

secondera dans votre oeuvre comme dans votre vie.

En 1957 apparaît dans les librairies de France la fougueuse et impétueuse

Angélique, dans ce qui sera le premier tome d’une véritable saga,

Angélique, Marquise des anges. Le succès ne se fait pas attendre et il est

unanime. Toute la France, oserais-je dire, a pour Angélique les yeux de

Joffrey! Et que dire de vos nombreux admirateurs dans le monde,

pleinement révélés aujourd’hui à l’heure d’internet et des réseaux sociaux.

Plongée dans l’histoire du Siècle de Louis XIV, Angélique étonne et séduit

par sa modernité: indépendante, c’est par elle et pour elle que vivent les

hommes, rappelant en cela la densité psychologique et la fougue d’une

princesse de Montpensier ou d’une Manon Lescaut. L’enthousiasme des

lecteurs, loin de freiner votre plume et d’arrêter les aventures de l’héroïne,

ne fait qu’aviver votre amour, vite partagé, de l’histoire de France. Chaque

roman est une nouvelle exploration du Grand Siècle, et un nouveau

succès. D’Eugène Sue à Gaston Leroux, le roman populaire a creusé son

sillon au XIXe siècle et vous vous inscrivez dans cette veine puissante qui

a su allier avec exigence le personnage du roman et le mythe historique.

Vous avez un don rare, celui qui consiste à faire vivre un large public au

rythme des aventures d’une héroïne du passé. Certains contemplateurs

ont pu voir dans votre succès unanime la marque d’une facilité, mais vous

traduisez admirablement l’idée selon laquelle une oeuvre prolixe peut aussi

être une oeuvre dense et exigeante. Véritable Dumas des temps actuels,

vous n’écrivez qu’après un travail de recherche immense et vous ravivez

l’histoire de France du souffle et de la verve de votre plume en lui rendant

toute son humanité, sa proximité, sa grandeur également. En d’autres

termes, Angélique ne serait peut-être pas Angélique sans la grandeur…

Votre succès littéraire se double alors d’une consécration

cinématographique, qui enracine, plus largement encore, le personnage

d’Angélique dans l’imaginaire de chacun et fait vibrer toute une époque.

Tout le monde se souvient de la délicieuse Michèle Mercier interprétant

Angélique et la figure balafrée de Robert Hossein en Comte de Peyrac.

Votre goût de la nouveauté et votre esprit d’aventure vous amènent à

publier de nouveau l’ensemble des Angélique dans une édition sans

coupures et augmentée de nouvelles péripéties, pour le plus grand plaisir

de vos lecteurs. Cette décoration, chère Anne Golon, c’est aussi une

réparation car je sais le combat en justice qui a été le vôtre auprès de vos

agents et de vos éditeurs pour faire respecter vos droits. Ces combats en

faveur des auteurs, vous le savez, je les fais miens dans tous les domaines

artistiques, confrontés aujourd’hui à la question du téléchargement et de la

reproduction illégale sur internet.

Chère Anne Golon, au nom de la République française, nous vous faisons

officier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

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