Robert Hossein

Un biographie complète trouvé sur le net visible ici

Robert Hossein et Alain Decaux

Robert Hossein, de son vrai nom Abraham Hosseinhoff, est né le 30 décembre 1927 à Paris.Sa mère est née à Kiev où elle a commencé une carrière de comédienne. Elle a fui la Révolution russe, s’est réfugiée à Berlin puis à Paris au moment de la montée du nazisme. Son père, Amin, est né à Samarkand (Ouzbékistan). Musicien et compositeur – connu et reconnu – venu lui aussi à Paris, il a composé beaucoup de musiques de film. Robert Hossein a donc reçu une double culture – russe et française – dans une famille toujours fauchée et toujours entre la dérision et la joie de vivre. Les études ne l’intéressent pas ; il aime la nature, le cinéma. Il va, en fraude, dans les cinémas de quartier voir Ivanhoé, Robin des Bois, etc. De 1941 à 1945, Robert Hossein est l’un de ses pensionnaires de Madame Barbe Bienaimé (née Pokitonov) à Verrière les Buissons (10 kms de Paris), dans un foyer destiné à éduquer à la culture russe les enfants mâles des émigrés russes.
De retour dans la Capitale, Il a vécu longtemps, dormant ici ou là. Il a côtoyé des êtres exceptionnels ou bizarres. Il a traîné ses guêtres au milieu d’écrivains, de philosophes, d’intellectuels de gauche et de droite. Passé par l’Ecole du Vieux Colombier, il rencontre Tania Balachova qui croit en lui. C’est ensuite le cours de Maurice Escande, mais il n’envisage pas encore le théâtre. Vient le cours Simon. Il est à ce cours comme s’il était chez lui…Tellement bien qu’il y reste 8 ans.

Avec son ami Studer ils ont créé une organisation excellant dans les cours privés à domicile, pour jeunes filles aisées avec seulement dans la tête l’envie de devenir comédiennes. Ils enquêtent sur les situations de famille, sont bien élevés, charmants. Ces demoiselles en redemandent ! Ils s’arrangent pour finir leurs cours particuliers au début des repas, s’excusent et sont priés de rester à déjeuner !

Chez Simon, il ne paie pas ses cours. Simon a foi en sa valeur, il n’a pas tort. C’est un découvreur : François Perrier, Pierre Mondy, Philippe Lemaire, Jean-Claude Pascal, Claude Gensac, Philippe Nicaud, Nicole Courcel, François Chaumette et Jacqueline Maillan… Belle brochette !… Lui, ne croit pas à sa chance !
Sa première pièce en 1949, en tant qu’auteur et acteur, « les Voyous » au Vieux Colombier, n’a qu’un succès d’estime. La même année, il joue dans « Haute Surveillance » de Genet, « Le retour de l’Enfant Prodigue » de Gide et « La Neige était sale » de Simenon.

En 1948, à 21 ans, c’est le début de sa carrière cinématographique. Il joue «Les souvenirs ne sont pas à vendre » de Robert Hennion, dans le film de Sacha Guitry «Le Diable boiteux », dans « Aux yeux du souvenir » de Delannoy et en 1949 avec Viviane Romance dans « Maya » de Raymond Bernard. Il fait équipe avec Christian Marquand et Vadim. Il s’installe dans les murs de ce dernier et porte même ses costumes. Ils mènent joyeuse vie, partageant tout, même le film « Sait-on jamais » en 1957 et ont tourné ensuite 4 films ensemble.
Au cours de ses pérégrinations, il rencontre Raymond Rouleau. Pour la première fois, il ne sèche pas ses cours. Grâce à lui, en 1949, il reprend le rôle de Daniel Gélin, malade, dans « La Neige était sale » adapté pour la scène par Frédéric Dard. Il a 48 heures pour apprendre ce rôle. Enfermé, il le fait…Il déverse sur le public tout ce qu’il a sur le cœur. Il règle enfin des comptes. Il raconte : « J’ai eu un peu plus de quarante-huit heures pour apprendre le texte. Le premier soir où j’ai joué, il y avait dans la salle André Bernheim, le célèbre imprésario, et Edith Piaf. Dans les secondes où le rideau s’est levé, je me suis senti écrasé par le personnage et puis toute appréhension a disparu. Je ne jouais pas. Je déversais tout ce que j’avais sur le cœur. Quand on a baissé le rideau, il y eut un silence effrayant. Je me suis dit : « C’est le bide du siècle ! Je me suis cassé la gueule. » On n’avait même pas annoncé que Gélin était remplacé. J’allais me faire écharper. Et puis il y a eu un tonnerre d’applaudissements, une véritable ovation. Je me demandais ce qu’on applaudissait comme ça. Le spectacle sans doute ! Quand le délire – car c’en était un – s’est terminé, Bernheim m’a pris par le bras et m’a dit avec autorité : « Vous rentrez chez moi. »

Mais il reste obsédé par l’envie de monter lui-même une pièce. Il met en scène en 1954 L‘Homme traqué » de Francis Carco adapté par son ami Frédéric Dard.
Il fait équipe avec Michel Auclair, Henri Vidal, Reggiani et Frank Villard en 1954 et joue au théâtre de la Renaissance «La Corde» qui fit les beaux jours d’Hitchcock. Le succès est au rendez-vous.
Du côté du théâtre du « Grand Guignol » avec Frédéric Dard, après la réussite de « Du plomb pour ces demoiselles », il décide qu’il faut sortir du genre « grandguignolesque ». Ils montent : « Dr Jekyll et mister Hyde » en 1954 et « La chair de l’orchidée » en 1955.
Toujours en 1954 alors qu’il n’a pas encore écrit le 3ème acte de « Responsabilité limitée », et n’a pas dit non plus qu’il était l’auteur du texte. Il doit l’avouer… Connaissant l’homme de réputation, Grenier et Hussenot le séquestrent dans le Théâtre Fontaine pour être sûrs et certains que le 3ème acte sera écrit en un mois.
La critique est enthousiasme sur « Responsabilité Limitée » où jouent : Roger Carrel, Jean Rochefort, Lila Kedrova, Grenier et Hussenot et Jean-Louis Trintignant.
Il est comblé : sa pièce se joue au Théâtre Fontaine, il fait la mise en scène au Grand Guignol et est sur scène tous les soirs dans « La Corde au théâtre de la Renaissance..
Ami de Michel Auclair, il est « Chemise rose » en costume vert : gangster au premier degré dans « Quai des Blondes » au cinéma en 1954. Il continue les mauvais garçons dans «Série Noire » en 1955. Il y est remarqué par Jules Dassin qui le convoque pour «Du Rififi chez les Hommes ».
Il est donc dans cet instant précis : espoir du théâtre et débutant bien observé au cinéma.

Alors là, installation à l’Hôtel, rue des Saints Pères, table ouverte chez Lip et aux Deux Magots, invitations aux amis, sans compter. Il rend un peu ce qui lui avait été donné aux jours creux…
Son âme retombe cependant en angoisse et le remède est Frédéric Dard et sa famille. Lorsque cet ami le quitte, pour l’autre monde, il a une peine infinie, à la hauteur de ce que M. Hossein peut éprouver pour ses amis.
Puis, il y a les 4 filles Poliakoff autour de leur Mère, comparables à l’œuvre de Tchekhov où elles n’étaient que 3 ! Après avoir rencontré Odile et Hélène sur les Champs, il leur laisse 4 billets pour venir le voir jouer…
Marina est belle, blonde et elle a 16 ans. Il se trouve amoureux un matin en s’éveillant !
Et c’est la vieille Russie reconstruite à Maison-Lafitte, demeure imposante, chevaux dans les immenses allées du parc ; cette sublime famille reçoit beaucoup de gens intéressants…
En 1955, un producteur russe lui demande de mettre en scène « Les salauds vont en enfer » Pourquoi pas ? Il accepte, demande à Marina si elle veut jouer le personnage principal. Elle accepte.
Ce film lui vaut de comprendre que si l’on peut adapter des conceptions cinématographiques au théâtre, l’inverse n’est pas possible. Tout ce qu’il apprend , années après années, fait de lui ce qu’il est devenu avec ses Grands Spectacles.
Il a aimé Marina Vlady, c’était réciproque. Ils se sont mariés au cours du tournage de « Crime et Châtiment » en 1955. « Pardonnez-nos offenses » en 1956 lui est resté en travers de la gorge. Mais il obtient un assez beau succès avec « Toi le venin «  en 1959 roman de Frédéric Dard, où toutes les filles Poliakoff participent, soit comme actrices, soit à la technique.
Il est acteur dans « Sait-on jamais » de Vadim en 1957 et dans « Méfiez-vous fillettes » d’Allégret, la même année.
Marina et lui ont deux fils : Igor et Pierre, et se sont quittés en 1959, avec « Les Canailles » de Maurice Labro

Il réalise en 1959 « la nuit des espions » « Le Vice et la Vertu » en 1962, »Maldonne » en 1968, « Sept hommes pour Tobrouk », il fut même Rommel dans « La bataille d’El Alamein », en 1968.
En 1961, il y a « Le goût de la Violence » où il n’est pas truand, « Le Jeu de la Vérité », en 1962 « Madame sans Gêne », « Le Monte Charge », et « Les Petits Matins ».

il épouse le 07 juin 1962 Caroline Eliacheff alors âgée de 15 ans, fille de Françoise Giroud, qui lui donne un fils : Nicolas. Il divorcera de nouveau. Docteur en médecine et titulaire d’un diplôme d’études spécialisées en psychiatrie infantile, elle est psychanalyste depuis 1974 et a épousé en 1975 le producteur Marin Karmitz avec lequel elle a eu 2 enfants

Avec Vadim, en 1962, il tourne « Le Repos du guerrier » et en 1963 « Le Vice et la Vertu », deux films totalement différents.

En 1963, il est membre du Jury au Festival de Cannes, dont il aime l’atmosphère particulière.

Puis arrive le temps du « Diable boiteux ». Ses aventures s’étalent sur 5 ans :
1964 : « Angélique Marquise des Anges »

 1965 : « Merveilleuse Angélique » où il n’apparait pas.

1966 : « Angélique et le Roi »

1967 : « Indomptable Angélique »

1968 : « Angélique et le Sultan »

Durant l’année 1965, il a tourné « La Seconde Vérité » avec Michèle Morgan, puis « Le Tonnerre de Dieu » avec Jean Gabin et Michèle Mercier. Cette dernière lui en a voulu de ne pas lui avoir fait signe lorsqu’il a monté en Grand Spectacle (1995 / 1996) « Angélique Marquise des Anges »

Pour Monsieur Hossein, le film qui existe c’est celui qu’il a fait en noir et blanc « Le Vampire de Düsseldorf » en 1964 ; Il en est l’acteur et son père a écrit la musique. Il a été tourné avec des petits moyens, en banlieue, à Versailles et Madrid, pas de prises en Allemagne. C’est Bertrand Tavernier qui en a assuré le lancement lorsqu’il était journaliste de cinéma. Pour la Presse et les Critiques, ce film « existe » et ils sont unanimes à saluer le travail.
Quant à ses rapports, en 1966, avec Marguerite Duras au cours du tournage de « La Musica » à Deauville, ils sont excentriques, c’est le moins que l’on puisse dire ! Elle a tendance à le considérer avec une sorte d’affection condescendante, lui déclarant tout cru  » Vous êtes un Don Juan de bazar, un Casanova pour midinettes » !
Quand lui vient l’idée de « J’ai tué Raspoutine » sorti en 1967, il demande à Alain Decaux d’écrire le scénario. Il le prie fiévreusement de recueillir le témoignage du Prince Youssoupof qui n’est autre que le meurtrier de Raspoutine. Dans ce film, Monsieur Hossein interprète un rôle secondaire : un officier russe complice de Youssoupof. La Presse est enthousiaste. Le public boude.
En 1968 et 1969, il s’étourdit en tournages, habitant un moment l’Italie.
La Bataille d’El Alamein – 7 Hommes pour Tobrouk – Angélique et le Sultan – Maldonne de Sergio Gobi – La Leçon Particulière de Boisrond (où il campe un pilote automobile professionnel) Il ajoute, dans La Nostalge « je n’ai pas mon permis et je ne conduis pas » ! Le voleur de crime de Nadine Trintignant – La Femme Ecarlate de Jean Valère – Une Corde,un Colt de Robert Hossein !

En 1968, la « dolce vita » qu’il partage avec quelques uns commence à lui donner mauvaise âme… Il ne comprend rien à ce qui se passe à Paris… Tout le monde braille « Tout détruire et tout recommencer » Sans aucun mode d’emploi à suivre … Son amertume est énorme de voir son Odéon investi et transformé en tribune publique. D’avoir vu Jean-Louis Barrault « laisser faire » est une amère déception.
Il repart prestement, sans remord aucun, avec Dalban et Castelot, pour l’Italie. Il tourne, à Rome, en 1970, « Les Conspirateurs » de Luiggi Magni avec Claudia Cardinale, Nino Manfredi, Alberto Sordi et Hugo Tognazzi . C’est l’histoire du Dr Montanari, chef des Carbonari.
Durant tout ce temps, Notre boîteux national et la Marquise font un tabac !
La Nouvelle Vague a tout bousculé depuis Mai 68. C’était le déclin de l’âge d’or…
Les Châteaux forts du cinéma, Billancourt, St Maurice, Joinville, La Victorine, vont disparaître… Il avait fait du cinéma…Tout ce qu’il a aimé dans le cinéma le rapproche de plus en plus du théâtre… Au cinéma, on tourne dans le désordre des séquences. Le montage sera le travail de l’ordre.
A cette époque, il a de nombreux détracteurs car il ne se comporte pas en acteur consacré, mais comme un bohême. Il n’est pas rentré dans le rang, donc n’a pas le vrai talent…
Il écrit avoir « adoré » plus de la moitié des 90 films auxquels il a participé, pas pour leur valeur, mais pour la vie qui régnait autour de ces films, les souvenirs, les amitiés. Il se moque de l’argent, il s’en sert seulement, ce qui fait la différence !…

A son retour d’Italie, en 1970, il est las… Il est allé à Athènes pour tourner le film de Verneuil « Le Casse » avec J.P Belmondo, Omar Sharif, Pellegrin, Constantin et Elsa Martinelli. Son rôle ne lui plait qu’à moitié.

Il confie à Jean-Paul Belmondo, qu’il a vu à Reims dans la Maison de la Culture, 2 salles polyvalentes dont la plus grande ne sert à rien… faute d’une troupe de comédiens ! Et qu’il va faire du théâtre à Reims…
Il fait une tournée d’adieux. Personne n’y croit…Tous disent qu’il fera le trajet aller-retour en huit jours de temps.

En plein succès cinématographique, Robert Hossein quitte la capitale en 1971 pour diriger, jusqu’en 1978, le Théâtre Populaire de Reims. A travers 17 créations, il jette les bases d’un théâtre destiné au plus grand nombre, avec comme slogan : « du théâtre comme vous n’en verrez qu’au cinéma ».

REIMS : 1971 – 1978

Ses contacts sont pris au Ministère des Affaires culturelles, avec le Directeur de la Maison de la Culture de Reims. Le Maire : M. Jean Taittinger l’a assuré de son appui personnel. La moitié du Conseil d’Administration était pour, l’autre moitié : contre…
Sa vie passée est épluchée et discutée. Pour lui, ce n’est pas vraiment une victoire. On parie même qu’il n’aura pas 5.000 places avec un seul spectacle.
Première représentation : 8.000 abonnés et 20.000 spectateurs hors abonnement. Cependant, même Planchon essaie de l’en dégouter
Il est parti sans bagage. Il a donné tout ce qu’il a à son chauffeur et à sa cuisinière. Son salaire de Directeur, metteur en scène et acteur est de peu de milliers de francs ! Il trouve un milieu différent, prend un appartement modeste et ses repas à la Cafeteria de la Maison de la Culture…
Sans repère, il ose davantage…
Avec son passé de star, ses appuis, personne ne peut comprendre qu’il est venu là pour un salaire minime, sans qu’il y ait quelque chose de « louche ». C’est l’hostilité ! Il lui faut faire Salle comble. Il fait le démarcheur auprès des Comités d’Entreprises . Son équipe extraordinaire est restée en place, unie durant 7 ans : directeur de scène, ingénieur du son, lumières, cascadeur, costumière, chargé de presse et tous autres techniciens…Il est proche de son équipe et en est fier.Il reçoit 1 million de subvention. Un important cahier des charges lui impose 4 créations par saison, et l’accueil de 6 à 7 pièces. Son école a bénéficié d’une tolérance, à lui de s’en débrouiller. Elle est très importante pour lui. Il lui donne une allure de pensionnat de 50 élèves, cycle de 3 années, avec des acteurs professionnels pour 5 à 6 élèves. Ils sont logés et nourris pour 400 frs mensuels.
Le matin : cours de langues étrangères, histoire et littérature, L’après-midi : technique, maîtrise du corps, chant, diction, escrime, danse et même cascade ! Le soir, les pensionnaires participent au spectacle dans de petits rôles, confrontés à des acteurs venant de Paris. Ils sont payés au tarif « élèves » ce qui les dispense de régler leurs cours, nourriture et logement.
Isabelle Hupert est venue jouer la pièce d’Hemingway « Pour qui sonne le glas ». De passage à Paris, Monsieur Hossein ramena Isabelle Adjani à Reims, avec l’accord de ses parents, sous condition qu’elle passe son Bac. Le matin elle va à l’école et l’après-midi à l’école du Théâtre ! Elle eu son bac et les compliments de Monsieur Hossein qui voit déjà en elle, la merveilleuse actrice qu’elle sera.
Elle interprète, durant la 2ème saison de Reims « La maison de Bernada » de Garcia Lorca. Annie Ducaux de la Comédie Française a pris un congé pour interpréter « la mère ». Adjani est l’une de ses filles. Elle est sublime et merveilleuse. Pierre Dux qui est présent, a déjà vu « Les bas fonds » montés l’année précédente. Il a simplement dit : « Vous pouvez jouer les 2 pièces à l’Odéon ».Francis Huster et Isabelle Adjani ont passé la scène de la mort de « Roméo et Juliette » à Monsieur Hossein et à quelques uns qui ont eu le privilège de connaître une émotion des plus rares. Elle fut engagée par Pierre Dux à la Comédie française où elle joua, avec bonheur « L’Ecole des Femmes » et « Ondine ». Peu après, Francis Huster arrivait, à son tour, chez Molière…
Pour Monsieur Hossein, l’Ecole de Reims est son royaume. Elle a été aménagée avec son Equipe, de leurs mains, dans un vieil Hôtel particulier un peu décrépi.
Pas de surveillant , les élèves de 16 à 25 ans s’autogèrent. Les portes ferment à 22 heures. Les mineurs subissent l’appel, si absent… « virage ». Bonne méthode, puisqu’aucun problème ne se pose malgré la mixité des cours… Pour Monsieur Hossein, c’estt un bonheur de voir ses pensionnaires se dégager de leurs difficultés pour prendre leurs vraies dimensions et devenir eux-mêmes.
Faute de crédits, l’expérience prend fin dans les délais prévus de 3 années. Elle a été passionnante !
Après les vagues promesses de l’Education nationale, non tenues, obligation de passer à autre chose, malgré sa tristesse. Il a consacré la totalité de la subvention à son premier spectacle « Crime et Châtiment », puis monté « Les Bas Fonds » de Gorki, « La Prison » de Simenon et « Le Bourgeois Gentilhomme » joué par les élèves, en faisant des dettes (qu’il rembourse, bien sûr !)Les deux premières années de Reims demeurent parmi les plus belles de sa vie. Il existait !… Il est resté 2 ans sans tenir un rôle dans une pièce et 1 an sans retourner à Paris.
Il a, dans sa vie, facilement passé d’une chambre de bonne à un palais, et vice versa, sans état d’âme.

En 7 saisons, il a monté 17 créations, dont 2 ballets, et a accueilli une quarantaine de pièces. Durant ce temps, il a donné ce qui est enfoui en lui et qu’il aime. Tous les soirs, c’est le jeu à guichets fermés. Ce sont 1.000 places, comme à Marigny, avec des prix défiant toute concurrence… Brecht est à la mode. Lui, a invité le Public à venir écouter Dostoïevski, Lorca, Gorki et Steinbeck. On taxe ses choix de « ringards ». L’émotion des spectateurs les conduisait à la réflexion, l’inverse ne se produit pas souvent. Tout ceci ne s’est pas bâti tout seul. Il a fallu acclimater les uns aux autres : public, équipe pour créer une ambiance en quelque sorte…
Avec les 3 spectacles en chantier, il n’a pas beaucoup de répit : lever à 7 heures, arrêt du travail, minuit. Il a eu 7 années de saisons triomphales. A son arrivée, il se sentait utile à se consacrer au Théâtre. Il avait atteint son but, passer de son rêve à la réalité. Mais le manque de moyens ne lui permettait pas de faire mieux connaître des œuvres qui éclaireraient le Public sur la condition humaine.La subvention ne suffisait pas à couvrir les dépenses pour créer plusieurs spectacles ambitieux. Il était couvert de dettes qu’il a réglées avec ses salaires, lorsqu’il est retourné dans le privé…
Il aurait pu demeurer à Reims. En raison du travail qu’il avait accompli, la Maison de la Culture était devenue un Centre Dramatique National ! Mais il savait qu’ « On » ne lui donnerait pas la possibilité d’aller au bout de ses ambitions.
Sur la fin de sa présence à Reims, il choisit des spectacles plus légers, les faisait répéter à Paris (ça coûtait moins cher !) et une partie des comédiens pouvait à Paris, arrondir leur fin de mois en faisant de la figuration ou de la synchro.
La fin de la saison 1977/1978 vit « LES LOUPS » de Romain Rolland, avec Jacques Dacmine. Cette pièce primée au Festival de Sarlat, fut reprise au théâtre de Boulogne Billancourt, puis pour une tournée dans toute la France.
Pour Monsieur Hossein, le théâtre devait aller au devant des spectateurs…
On s’opposa, avec la même énergie à son départ qu’à son arrivée…
Ce qui le troubla le plus c’était le paradoxe de l’échec et de la réussite mêlés ; Echec financier dû au coût inévitable des spectacles populaires, non compensé par des salles combles. Réussite complète quant à la fréquentation et l’accueil de spectateurs.
Il jugea qu’après cette opération un peu commando, ON aurait dû lui donner un théâtre national, en toute logique…
Son lieu magique, en revanche le portait vers l’Odéon.

Dans ces rêves, il y aurait eu des sociétaires, mais aurait laissé les classiques à la Comédie française. Il aurait programmé Victor Hugo, des Auteurs français et étrangers, des fresques, des spectacles d’avant-garde, une Ecole, un Conservatoire de l’Odéon…C’est au cours de l’été, le 6 août 1974 qu’il eut un terrible accident de voiture. Il n’était pas conducteur. Il a vu périr brûlée la jeune femme qu’il aimait alors, l’une des deux héroïnes de la série « La mer est grande », Michèle Wattrin. Il fut hospitalisé durant tout le mois d’Août, à Nice. Le clan Grimaldi ne le laissa pas sans visite, en toute amitié…

Il sortit de cet accident avec corset et béquilles.
Il a été poussé par ses amis fidèles à vivre en se retranchant dans le travail. Pour le bien de son moral, le prix de la critique et le prix Europalia ont couronné la réussite d’Hernani..
Il put faire jouer « Crime et Châtiment » pour l’inauguration de la Maison de la Culture de Créteil et au Théâtre de Paris, suivis de « La Maison de Bernada » à l’Odéon avec Adjani ainsi que « Roméo et Juliette » au Théâtre de la Porte St Martin.
Il avait endossé, en 1973, la soutane dans « Prêtres interdits » de Denys de la Patelière, et avait retrouvé B.B. dans « Don Juan 73 » de Vadim. Il retrouva son complice du temps du Grand Guignol : Roger Hanin, dans « Le Protecteur » avec Bruno Cremer et Jean Servais, et Bernard Blier dans « Faux cul ».
Sa saison de Reims s’est terminée en beauté 1977/1978, par une tournée en jouant « Huis clos » et « La Putain respectueuse » de Sartre. S’il est un homme qu’il a tenu à connaître réellement, c’est J.P Sartre. Il le prenait pour un professeur de philo, redoutait un tête à tête avec ce penseur . Il découvre un homme généreux et comprend que l’existentialisme ce n’est ni la débauche des mœurs, ni un refuge pour égocentristes. Pour Monsieur Hossein, c’est un homme de théâtre.

Monsieur Hossein a ainsi programmé à Reims :

1971/1972 : Crime et Châtiment de Dostoïevski, Les Bas-Fonds de Gorki, La Prison de Georges Simenon.
1972/1973 : La Maison de Bernarda de Federico Garcia Lorca, Roméo et Juliette de Shakespeare
1973/1974 : Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway, La Maison des Otages
1974/1975 : Hernani de Victor Hugo, Sheherazade ballet d’André Hossein
1975/1976 : Le Procès de Jeanne d’Arc, Des Souris et des Hommes de Steinbeck
1976/1977 : L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut d’après l’Abbé Prévost, Pas d’orchidées pour miss Blandish d’après James-Hadley Chase, Mosaïques ballet d’André Hossein et Georges Skibine
1977/1978 : Le Cauchemer de Bella Maningham de Patrick Hamilton, Les Loups de Romain RollandCherchant une actrice féminine pour le rôle de Dounia , sœur de Raskolnikov dans « Crime et chatiment », il feuilleta le Bottin des acteurs. Ayant remarqué la photo de Candice Patou, il la convoqua. D’après Monsieur Hossein, ils n’eurent pas franchement le coup de foudre ! Au contraire, elle n’eut le rôle de Dounia qu’à la suite de l’arrêt de jeu de la comédienne qui avait eu le rôle… Elle s’y montra admirable… La suite des jours fit qu’ils se sont rapprochés l’un de l’autre… Ils s’épousèrent le 28 juin 1976 pour le meilleur et quelque peu, dit-il, pour le pire ! Un fils leur est né, en 1980.. A Reims, il avait rencontré un curé, le Père LANGER ; c’est avec lui que Robert Hossein et sa femme préparent leur fils, Julien, au baptême. Baptisés aussi sa femme et lui, ils deviennent catholiques.

en 1981, il tournera avec Lelouch « Les Uns et les Autres » assez désappointé de tourner une scène sans préparation . Lelouch le fait se dépêcher de courir avant le coucher du soleil dont il avait besoin, pour seulement aller s’asseoir sur un banc, de dos, auprès de sa mère atteinte de folie… Ce fut l’une des plus belles scènes de ce film ; et Lelouch de lui dire « Eh bien, t’en as fait des histoires pour si peu de choses, tu n’crois pas » ?
en 1982, il retrouvait Roger Hanin dans « Le Grand Pardon » d’Alexandre Arcady, avec Richard Bohringer’.
En 1982, il força donc Lino Ventura, Jean Carmet et Michel Bouquet à endosser respectivement les costumes d’époque de Jean Valjean, Thénardier et Javert, dans son film ‘ Les Misérables’.
Monsieur Hossein a un mauvais souvenir de son spectacle à Mogador sur le maccarthysme. Les acteurs n’y étaient pour rien, d’autant plus qu’ils avaient noms : Jean Topart, Roger Hanin , Paul Guers et Yolande Fauliot…
Il dit qu’il y avait inadéquation entre le sujet et le lieu : Mogador. Adieu le Théâtre Mogador !
Bonjour le Théâtre de Paris !

La suite sur le lien en haut de page.

 

 

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